Pour alléger une image, faut-il baisser la résolution ou pousser la compression ?

La même photo d'un grand orgue, en split : moitié gauche fortement compressée et dégradée (blocs et flou), moitié droite en haute qualité, nette.
Écoconception
Date18 juin 2026
Temps de lecture9 minutes
AuteurSami Lini

Intro

Sur 10 photos RAW, 4 formats et 6 résolutions, on a mesuré la qualité perçue. Le meilleur compromis va à JPEG XL. En qualité correcte ou haute, baisser la résolution allège autant que changer de format.

En 2024, après une formation écoconception avec Temesis (nouvelle fenêtre), on avait bricolé un petit script Python pour répondre à une question qui revenait de plus en plus chez nos clients : pour alléger une image, qu’est-ce qui compte le plus, la résolution, le taux de compression ou le format ? On avait sorti des courbes et partagé le code, en prévenant qu’on n’était pas experts de la compression. On se demandait même si on ne comparait pas des choux avec des patates.

On a refait le test, avec cette fois une mesure de la qualité perçue, celle qui dit si l’œil voit la différence avec l’original. Pour une photo, le meilleur rapport entre qualité et poids s’obtient avec JPEG XL en distance 0,7 (le réglage de qualité de cet encodeur), sur une image réduite à 40 % de la taille où elle s’affiche, puis agrandie par le navigateur. AVIF arrive juste derrière, mais WebP demande plus de poids que JPEG dès qu’on vise la haute qualité. Et en qualité correcte ou haute, baisser la résolution fait gagner autant de poids que changer de format, parfois plus.

Pourquoi refaire le test

Le script de 2024 encodait et pesait correctement les images. On y comparait des formats tous réglés en « qualité 80 », en pensant les comparer à qualité égale. Sauf que ce 80 ne veut pas dire la même chose d’un format à l’autre.

Un JPEG en « qualité 80 » et un WebP en « qualité 80 » ne donnent pas deux images de qualité équivalente, parce que ce 80, c’est une réglette interne à chaque encodeur, un peu comme deux notes sur 20 calculées avec des barèmes différents. Les deux réglages portent juste le même nombre.

Et on ne regardait que le poids. Un fichier deux fois plus léger qui bave de partout reste une image abîmée : sans mesure de ce que l’œil voit, on pouvait dire qu’un format faisait « plus petit », jamais qu’il faisait « mieux ». Le tout sur une poignée de photos, beaucoup trop peu pour généraliser quoi que ce soit.

Comment on s’y est pris cette fois

On est repartis de photos brutes. Notre photothèque interne compte 15 314 fichiers RAW accumulés depuis 2016. On en a tiré 10 au hasard, une par année de 2016 à 2025. Le générateur de hasard est figé, donc on peut rejouer le même tirage. Surtout, on n’a pas choisi des photos qui arrangent nos conclusions.

Chaque RAW est décodé une seule fois en image non compressée. Cette image sert à la fois de point de départ aux encodages et d’original pour mesurer les dégâts. Ensuite, on a tout croisé : 4 formats (JPEG, WebP, AVIF, JPEG XL), 6 résolutions (10, 25, 40, 55, 75 et 100 %) et 5 ou 6 réglages de compression par format (6 pour JPEG, 5 pour les autres). Ça fait 1 260 encodages. Les réglages d’encodeur sont écrits noir sur blanc, pour que quelqu’un d’autre puisse refaire tourner la même chose et retrouver les mêmes nombres.

La différence avec 2024, c’est la mesure de qualité perçue. Elle s’appelle SSIMULACRA2, Jon Sneyers l’a développée chez Cloudinary en 2022 (il est aussi l’un des auteurs du JPEG XL). Elle est calibrée sur des jugements humains. Sa note monte jusqu’à 90 et plus quand la différence avec l’original devient invisible. Une note de 70 correspond à une bonne qualité et 50 à une qualité moyenne. Une image très dégradée peut descendre sous zéro.

Du coup, on a arrêté de comparer « à réglage égal ». Pour chaque encodage on note son poids et sa qualité perçue, puis on cherche, pour un niveau de qualité visé, quel format donne le fichier le plus léger. Comme nos réglages tombent rarement pile sur la note visée, on interpole, pour chaque photo, entre les deux meilleurs compromis qui l’encadrent, puis on prend la médiane des 10 photos. C’est la question qu’on voulait poser en 2024.

AVIF et JPEG XL devant, WebP décevant en haute qualité

Chaque courbe est la frontière d’un format : la meilleure qualité qu’il atteint pour un poids donné. L’étoile marque son sweet spot, l’endroit à partir duquel chaque Ko supplémentaire n’apporte presque plus de qualité.

Meilleure qualité par KoFrontière de Pareto par format (médiane des 10 photos) sur les axes poids (échelle log) et qualité perçue. L'étoile marque le sweet spot, le meilleur rapport qualité/Ko.
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FormatSweet spotPoidsQualitéPoids pour qualité 70
JPEGq90, 40 %463 Ko66700 Ko
WEBPq100, 40 %946 Ko72773 Ko
AVIFq85, 40 %354 Ko65586 Ko
JPEG XLd1, 40 %369 Ko67435 Ko

Voici le poids qu’il faut pour atteindre chaque niveau de qualité (médiane des 10 photos), quand on s’autorise aussi à jouer sur la résolution. Attention, ces Ko sont ceux de la photo entière, de 15 à 24 millions de pixels (6 024 × 4 020 pour la plupart). Une image affichée en plus petit sur une page web pèse beaucoup moins, on vous conseille donc de regarder les écarts entre formats plutôt que les Ko eux-mêmes.

Poids nécessaire pour chaque niveau de qualitéMédiane des 10 photos, par ligne : vert = format le plus léger, rouge = le plus lourd
Poids nécessaire pour chaque niveau de qualité : Médiane des 10 photos, par ligne : vert = format le plus léger, rouge = le plus lourd
Qualité visée JPEGWebPAVIFJPEG XL
Correcte (note 60) 361 Ko 349 Ko 245 Ko 257 Ko
Haute (note 70) 700 Ko 773 Ko 586 Ko 435 Ko
Très haute (note 80) 2202 Ko 2554 Ko 1931 Ko 1395 Ko

AVIF et JPEG XL font nettement mieux que JPEG et WebP. Entre les deux, AVIF l’emporte quand on cherche à alléger fort, JPEG XL passe devant dès qu’on monte en haute qualité. À la note 70, passer de JPEG à JPEG XL réduit le poids de près de 40 %, en médiane sur nos 10 photos.

WebP nous a surpris. On l’imaginait devant JPEG partout. Il ne le devance nettement qu’en basse qualité (un quart de poids en moins vers la note 40), fait jeu égal vers 60 et 65, puis demande plus de poids que JPEG à partir de 70. Pour de l’image web légère, il reste un bon choix : c’est le format moderne le mieux supporté par les navigateurs, mais en haute fidélité AVIF et JPEG XL font mieux.

Résolution ou compression ?

C’était la question de départ, celle à laquelle on ne trouvait pas de réponse dans la littérature en 2024. Et la réponse, c’est que ça dépend du niveau de qualité qu’on veut obtenir.

Avant de lire les graphiques, il faut savoir que les pourcentages sont relatifs à la taille d’affichage. On a redimensionné chaque photo, puis on l’a regardée agrandie à sa taille d’origine, comme un navigateur qui étire une petite image dans un grand cadre. « 55 % » veut donc dire encoder à 55 % de la taille à laquelle l’image sera affichée.

Pour chaque format, voici la note obtenue selon le réglage de compression, avec une courbe par résolution d’encodage. On y lit les deux réglages à la fois : suivre une courbe revient à pousser la compression, passer d’une courbe à l’autre revient à changer la résolution.

JPEGJPEG : qualité perçue (SSIMULACRA2, médiane des 10 photos) selon le réglage de compression (qualité), une courbe par résolution d’encodage.
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Résolutionqualité 30qualité 50qualité 65qualité 80qualité 90qualité 95
10 %-38-27-20-12-32
25 %-11424374955
40 %223948586671
55 %345057657276
75 %425662707781
100 %415967778387
WebPWebP : qualité perçue (SSIMULACRA2, médiane des 10 photos) selon le réglage de compression (qualité), une courbe par résolution d’encodage.
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Résolutionqualité 45qualité 65qualité 80qualité 90qualité 100
10 %-31-23-15-26
25 %210284859
40 %2133455972
55 %3343546478
75 %4353607283
100 %5359667988
AVIFAVIF : qualité perçue (SSIMULACRA2, médiane des 10 photos) selon le réglage de compression (qualité), une courbe par résolution d’encodage.
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Résolutionqualité 40qualité 55qualité 70qualité 85qualité 95
10 %-31-15-526
25 %1027425361
40 %2948586573
55 %4257637279
75 %5362707884
100 %6069778489
JPEG XLJPEG XL : qualité perçue (SSIMULACRA2, médiane des 10 photos) selon le réglage de compression (distance), une courbe par résolution d’encodage. Pour JPEG XL, une distance plus petite veut dire moins de compression.
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Résolutiondistance 0,7distance 1distance 1,5distance 2,5distance 4
10 %51-4-13-24
25 %5751432615
40 %7167625036
55 %7773686150
75 %8279746560
100 %8784817364

Plus on descend en résolution, plus la meilleure note qu’on peut atteindre baisse, par marches d’escalier. À pleine résolution, elle monte vers 87 à 89 selon le format. À 40 % de la taille d’affichage, elle plafonne entre 71 et 74, ce qui suffit encore pour une haute qualité, mais la très haute qualité (note 80) demande de garder au moins 75 %. Sous 25 %, l’image s’effondre. Les graphiques donnent chaque palier, format par format.

Réduire la résolution : le poidsPoids du fichier selon la résolution d'encodage, exprimée en pourcentage de la taille d'affichage, à réglage haute qualité.
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Format (Ko)10 %25 %40 %55 %75 %100 %
JPEG56311744140627725038
WEBP57339946188035656644
AVIF53311855173832906147
JPEG XL42215527103117893092

Reste à savoir ce qui rapporte le plus, baisser la résolution ou pousser la compression. On a comparé, à qualité perçue identique, le poids quand on garde la pleine définition et le poids quand on accepte de la descendre.

Gain de poids quand on accepte une résolution plus basse, à qualité perçue identique, par format
FormatQualité correcteQualité hauteTrès haute qualité
JPEG−48 %−38 %−2 %
WebP−27 %−35 %−19 %
AVIF−15 %−17 %−7 %
JPEG XL−42 %−28 %−2 %

À qualité correcte ou haute, redimensionner fait économiser beaucoup, surtout avec JPEG : presque la moitié du poids en qualité correcte. À très haute qualité, le gain tombe à quelques pour cent (sauf pour WebP), parce qu’à ce niveau d’exigence on a besoin de tous les pixels. Sur une vignette ou une image d’illustration, on commence donc par la résolution. Sur une photo qu’on veut belle en grand, on joue sur le format et la compression.

Le meilleur rapport entre qualité et poids

Toutes combinaisons confondues, il n’y a pas d’optimum absolu, puisque chaque Ko ajouté achète encore un peu de qualité. La courbe a pourtant un coude. Sur nos mesures, il tombe sur JPEG XL en distance 0,7, encodé à 40 % de la taille d’affichage : 527 Ko pour la photo entière, avec une note de 71, juste au-dessus du seuil de la haute qualité. Au-delà, doubler le poids rapporte presque deux fois moins de points qu’avant.

On a repéré ce coude avec la même méthode que les étoiles du premier graphique, sur la frontière commune aux quatre formats. Au-dessus de la note 50, cette frontière n’est faite que d’AVIF et de JPEG XL : JPEG et WebP n’y apparaissent jamais.

Le coude de la frontière communeMeilleure qualité perçue atteignable pour chaque poids, tous formats, réglages et résolutions confondus (cellules médianes des 10 photos). L'étoile marque le coude.
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FormatRéglageRésolutionPoids (Ko)Note
AVIFqualité 5555 %16857
AVIFqualité 7040 %17758
JPEG XLdistance 1,540 %23762
JPEG XLdistance 140 %36967
JPEG XL (coude)distance 0,740 %52771
JPEG XLdistance 0,755 %103177
JPEG XLdistance 1,5100 %142081
JPEG XLdistance 1100 %209284
JPEG XLdistance 0,7100 %309287
AVIFqualité 95100 %614789
Points de qualité gagnés quand on double le poids, avant et après le coude
Zone de poidsPoints gagnés quand on double le poids
De 168 à 527 Ko (avant le coude)+8,7
De 527 à 6147 Ko (après le coude)+4,9

La combinaison la plus légère pour chaque qualité

Pour chaque niveau de qualité et chaque format, voici la combinaison de résolution et de réglage la plus légère parmi celles qu’on a testées, en médiane des 10 photos pour chaque combinaison. JPEG XL l’emporte à chaque niveau. Le tableau du début place AVIF devant en qualité correcte parce qu’il interpole entre deux réglages testés, alors que celui-ci ne garde que des réglages qu’on peut appliquer tels quels.

Combinaison testée la plus légère par niveau de qualité et par format
Qualité viséeFormatRéglageRésolutionPoidsNote obtenue
Correcte (note 60)JPEG XLdistance 2,555 %231 Ko61
Correcte (note 60)AVIFqualité 5575 %293 Ko62
Correcte (note 60)JPEGqualité 9040 %463 Ko66
Correcte (note 60)WebPqualité 9055 %598 Ko64
Haute (note 70)JPEG XLdistance 0,740 %527 Ko71
Haute (note 70)AVIFqualité 8555 %737 Ko72
Haute (note 70)JPEGqualité 9540 %744 Ko71
Haute (note 70)WebPqualité 10040 %946 Ko72
Très haute (note 80)JPEG XLdistance 1,5100 %1420 Ko81
Très haute (note 80)JPEGqualité 9575 %2772 Ko81
Très haute (note 80)AVIFqualité 85100 %2850 Ko84
Très haute (note 80)WebPqualité 10075 %3565 Ko83

Pourquoi certaines photos pèsent plus que d’autres

On s’est aussi demandé ce qui, dans une photo, annonce son poids. Notre intuition disait l’histogramme, la répartition des tons. On a vérifié sur les quatre formats.

Plus une photo a de détail, plus elle pèse, quel que soit le codecPour chaque photo et chaque codec, densité de contours (le détail) contre poids à qualité fixe (bpp à SSIMULACRA2 = 70, pleine résolution). Les droites de tendance montent pour les quatre codecs.
Voir les données
CodecPhotos (n)Corrélation de Spearman (détail / poids)
JPEG10+0,96
WEBP10+0,95
AVIF9+0,93
JPEG XL6+0,89

L’histogramme prédit mal le poids. Son lien avec le poids change beaucoup d’un format à l’autre (corrélation de Spearman de 0,14 à 0,66). La quantité de détail, mesurée par la densité de contours, le prédit bien mieux, avec une corrélation de 0,89 à 0,96 selon le format : plus une image fourmille de fines textures (feuillage, foule), plus elle pèse à qualité égale. Un ciel ou un portrait sur fond flou se compresse beaucoup mieux, quelle que soit la forme de son histogramme.

Ces chiffres ne portent pas tous sur 10 photos. On n’en a que 6 pour JPEG XL et 9 pour AVIF, parce que les photos les moins détaillées dépassent déjà la note 70 au réglage le plus compressé qu’on a testé : on ne peut pas mesurer leur poids à cette note. Mais pour deviner si une image sera lourde, on regarde sa texture plutôt que son histogramme.

Les limites du test

Nos 10 photos viennent de trois appareils Canon : deux reflex (EOS 80D et EOS 500D) et un compact (PowerShot G1 X Mark III). Le corpus est homogène, donc facile à reproduire, mais il ne dit rien des captures d’écran, des illustrations en aplats ou des images qui contiennent du texte, qui se compressent très différemment. Pour celles-là, il faudrait un corpus dédié.

SSIMULACRA2 reste une mesure automatique : elle permet de classer 1 260 encodages, elle ne remplace pas un coup d’œil sur l’image finale. Nos chiffres dépendent aussi des encodeurs, de leurs versions et des réglages qu’on a figés : un autre paramétrage déplacerait les courbes. Enfin, nos réglages plafonnent vers la note 90, donc on ne mesure pas le « strictement indiscernable », qui coûte encore plus cher et qu’on cherche rarement pour le web.

Pour vos propres images

Servez-vous de l’AVIF ou du JPEG XL dès que les navigateurs de votre public le permettent, avec WebP en repli. Avant même de choisir le format, redimensionnez à la taille d’affichage réelle : c’est le gain le plus simple et le plus gros en qualité correcte ou haute. Et calez votre exigence sur l’usage : une image de fond n’a pas besoin du presque sans-perte, qui est le niveau le plus lourd de nos mesures.

On a packagé le tout pour que vous puissiez tester chez vous, comme la première fois, à prendre tel quel. Il n’y a aucune raison que ça abîme quoi que ce soit chez vous, mais si c’était le cas, vous êtes grands et responsables. Et si vous trouvez qu’on compare encore des choux avec des patates, écrivez-nous, on ajustera.

Cet article a été rédigé avec l’aide de l’IA, sous la supervision de l’équipe (voir notre déclaration d’usage de l’IA).

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