En 2024, après une formation écoconception avec Temesis (nouvelle fenêtre), on avait bricolé un petit script Python pour répondre à une question qui revenait de plus en plus chez nos clients : pour alléger une image, qu’est-ce qui compte le plus, la résolution, le taux de compression ou le format ? On avait sorti des courbes et partagé le code, en prévenant qu’on n’était pas experts de la compression. On se demandait même si on ne comparait pas des choux avec des patates.
On a refait le test, avec cette fois une mesure de la qualité perçue, celle qui dit si l’œil voit la différence avec l’original. Pour une photo, le meilleur rapport entre qualité et poids s’obtient avec JPEG XL en distance 0,7 (le réglage de qualité de cet encodeur), sur une image réduite à 40 % de la taille où elle s’affiche, puis agrandie par le navigateur. AVIF arrive juste derrière, mais WebP demande plus de poids que JPEG dès qu’on vise la haute qualité. Et en qualité correcte ou haute, baisser la résolution fait gagner autant de poids que changer de format, parfois plus.
Pourquoi refaire le test
Le script de 2024 encodait et pesait correctement les images. On y comparait des formats tous réglés en « qualité 80 », en pensant les comparer à qualité égale. Sauf que ce 80 ne veut pas dire la même chose d’un format à l’autre.
Un JPEG en « qualité 80 » et un WebP en « qualité 80 » ne donnent pas deux images de qualité équivalente, parce que ce 80, c’est une réglette interne à chaque encodeur, un peu comme deux notes sur 20 calculées avec des barèmes différents. Les deux réglages portent juste le même nombre.
Et on ne regardait que le poids. Un fichier deux fois plus léger qui bave de partout reste une image abîmée : sans mesure de ce que l’œil voit, on pouvait dire qu’un format faisait « plus petit », jamais qu’il faisait « mieux ». Le tout sur une poignée de photos, beaucoup trop peu pour généraliser quoi que ce soit.
Comment on s’y est pris cette fois
On est repartis de photos brutes. Notre photothèque interne compte 15 314 fichiers RAW accumulés depuis 2016. On en a tiré 10 au hasard, une par année de 2016 à 2025. Le générateur de hasard est figé, donc on peut rejouer le même tirage. Surtout, on n’a pas choisi des photos qui arrangent nos conclusions.
Chaque RAW est décodé une seule fois en image non compressée. Cette image sert à la fois de point de départ aux encodages et d’original pour mesurer les dégâts. Ensuite, on a tout croisé : 4 formats (JPEG, WebP, AVIF, JPEG XL), 6 résolutions (10, 25, 40, 55, 75 et 100 %) et 5 ou 6 réglages de compression par format (6 pour JPEG, 5 pour les autres). Ça fait 1 260 encodages. Les réglages d’encodeur sont écrits noir sur blanc, pour que quelqu’un d’autre puisse refaire tourner la même chose et retrouver les mêmes nombres.
La différence avec 2024, c’est la mesure de qualité perçue. Elle s’appelle SSIMULACRA2, Jon Sneyers l’a développée chez Cloudinary en 2022 (il est aussi l’un des auteurs du JPEG XL). Elle est calibrée sur des jugements humains. Sa note monte jusqu’à 90 et plus quand la différence avec l’original devient invisible. Une note de 70 correspond à une bonne qualité et 50 à une qualité moyenne. Une image très dégradée peut descendre sous zéro.
Du coup, on a arrêté de comparer « à réglage égal ». Pour chaque encodage on note son poids et sa qualité perçue, puis on cherche, pour un niveau de qualité visé, quel format donne le fichier le plus léger. Comme nos réglages tombent rarement pile sur la note visée, on interpole, pour chaque photo, entre les deux meilleurs compromis qui l’encadrent, puis on prend la médiane des 10 photos. C’est la question qu’on voulait poser en 2024.
AVIF et JPEG XL devant, WebP décevant en haute qualité
Chaque courbe est la frontière d’un format : la meilleure qualité qu’il atteint pour un poids donné. L’étoile marque son sweet spot, l’endroit à partir duquel chaque Ko supplémentaire n’apporte presque plus de qualité.
Voir les données
| Format | Sweet spot | Poids | Qualité | Poids pour qualité 70 |
|---|---|---|---|---|
| JPEG | q90, 40 % | 463 Ko | 66 | 700 Ko |
| WEBP | q100, 40 % | 946 Ko | 72 | 773 Ko |
| AVIF | q85, 40 % | 354 Ko | 65 | 586 Ko |
| JPEG XL | d1, 40 % | 369 Ko | 67 | 435 Ko |
Voici le poids qu’il faut pour atteindre chaque niveau de qualité (médiane des 10 photos), quand on s’autorise aussi à jouer sur la résolution. Attention, ces Ko sont ceux de la photo entière, de 15 à 24 millions de pixels (6 024 × 4 020 pour la plupart). Une image affichée en plus petit sur une page web pèse beaucoup moins, on vous conseille donc de regarder les écarts entre formats plutôt que les Ko eux-mêmes.
| Qualité visée | JPEG | WebP | AVIF | JPEG XL |
|---|---|---|---|---|
| Correcte (note 60) | 361 Ko | 349 Ko | 245 Ko | 257 Ko |
| Haute (note 70) | 700 Ko | 773 Ko | 586 Ko | 435 Ko |
| Très haute (note 80) | 2202 Ko | 2554 Ko | 1931 Ko | 1395 Ko |
AVIF et JPEG XL font nettement mieux que JPEG et WebP. Entre les deux, AVIF l’emporte quand on cherche à alléger fort, JPEG XL passe devant dès qu’on monte en haute qualité. À la note 70, passer de JPEG à JPEG XL réduit le poids de près de 40 %, en médiane sur nos 10 photos.
WebP nous a surpris. On l’imaginait devant JPEG partout. Il ne le devance nettement qu’en basse qualité (un quart de poids en moins vers la note 40), fait jeu égal vers 60 et 65, puis demande plus de poids que JPEG à partir de 70. Pour de l’image web légère, il reste un bon choix : c’est le format moderne le mieux supporté par les navigateurs, mais en haute fidélité AVIF et JPEG XL font mieux.
Résolution ou compression ?
C’était la question de départ, celle à laquelle on ne trouvait pas de réponse dans la littérature en 2024. Et la réponse, c’est que ça dépend du niveau de qualité qu’on veut obtenir.
Avant de lire les graphiques, il faut savoir que les pourcentages sont relatifs à la taille d’affichage. On a redimensionné chaque photo, puis on l’a regardée agrandie à sa taille d’origine, comme un navigateur qui étire une petite image dans un grand cadre. « 55 % » veut donc dire encoder à 55 % de la taille à laquelle l’image sera affichée.
Pour chaque format, voici la note obtenue selon le réglage de compression, avec une courbe par résolution d’encodage. On y lit les deux réglages à la fois : suivre une courbe revient à pousser la compression, passer d’une courbe à l’autre revient à changer la résolution.
Voir les données
| Résolution | qualité 30 | qualité 50 | qualité 65 | qualité 80 | qualité 90 | qualité 95 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 10 % | -38 | -27 | -20 | -12 | -3 | 2 |
| 25 % | -1 | 14 | 24 | 37 | 49 | 55 |
| 40 % | 22 | 39 | 48 | 58 | 66 | 71 |
| 55 % | 34 | 50 | 57 | 65 | 72 | 76 |
| 75 % | 42 | 56 | 62 | 70 | 77 | 81 |
| 100 % | 41 | 59 | 67 | 77 | 83 | 87 |
Voir les données
| Résolution | qualité 45 | qualité 65 | qualité 80 | qualité 90 | qualité 100 |
|---|---|---|---|---|---|
| 10 % | -31 | -23 | -15 | -2 | 6 |
| 25 % | 2 | 10 | 28 | 48 | 59 |
| 40 % | 21 | 33 | 45 | 59 | 72 |
| 55 % | 33 | 43 | 54 | 64 | 78 |
| 75 % | 43 | 53 | 60 | 72 | 83 |
| 100 % | 53 | 59 | 66 | 79 | 88 |
Voir les données
| Résolution | qualité 40 | qualité 55 | qualité 70 | qualité 85 | qualité 95 |
|---|---|---|---|---|---|
| 10 % | -31 | -15 | -5 | 2 | 6 |
| 25 % | 10 | 27 | 42 | 53 | 61 |
| 40 % | 29 | 48 | 58 | 65 | 73 |
| 55 % | 42 | 57 | 63 | 72 | 79 |
| 75 % | 53 | 62 | 70 | 78 | 84 |
| 100 % | 60 | 69 | 77 | 84 | 89 |
Voir les données
| Résolution | distance 0,7 | distance 1 | distance 1,5 | distance 2,5 | distance 4 |
|---|---|---|---|---|---|
| 10 % | 5 | 1 | -4 | -13 | -24 |
| 25 % | 57 | 51 | 43 | 26 | 15 |
| 40 % | 71 | 67 | 62 | 50 | 36 |
| 55 % | 77 | 73 | 68 | 61 | 50 |
| 75 % | 82 | 79 | 74 | 65 | 60 |
| 100 % | 87 | 84 | 81 | 73 | 64 |
Plus on descend en résolution, plus la meilleure note qu’on peut atteindre baisse, par marches d’escalier. À pleine résolution, elle monte vers 87 à 89 selon le format. À 40 % de la taille d’affichage, elle plafonne entre 71 et 74, ce qui suffit encore pour une haute qualité, mais la très haute qualité (note 80) demande de garder au moins 75 %. Sous 25 %, l’image s’effondre. Les graphiques donnent chaque palier, format par format.
Voir les données
| Format (Ko) | 10 % | 25 % | 40 % | 55 % | 75 % | 100 % |
|---|---|---|---|---|---|---|
| JPEG | 56 | 311 | 744 | 1406 | 2772 | 5038 |
| WEBP | 57 | 339 | 946 | 1880 | 3565 | 6644 |
| AVIF | 53 | 311 | 855 | 1738 | 3290 | 6147 |
| JPEG XL | 42 | 215 | 527 | 1031 | 1789 | 3092 |
Reste à savoir ce qui rapporte le plus, baisser la résolution ou pousser la compression. On a comparé, à qualité perçue identique, le poids quand on garde la pleine définition et le poids quand on accepte de la descendre.
| Format | Qualité correcte | Qualité haute | Très haute qualité |
|---|---|---|---|
| JPEG | −48 % | −38 % | −2 % |
| WebP | −27 % | −35 % | −19 % |
| AVIF | −15 % | −17 % | −7 % |
| JPEG XL | −42 % | −28 % | −2 % |
À qualité correcte ou haute, redimensionner fait économiser beaucoup, surtout avec JPEG : presque la moitié du poids en qualité correcte. À très haute qualité, le gain tombe à quelques pour cent (sauf pour WebP), parce qu’à ce niveau d’exigence on a besoin de tous les pixels. Sur une vignette ou une image d’illustration, on commence donc par la résolution. Sur une photo qu’on veut belle en grand, on joue sur le format et la compression.
Le meilleur rapport entre qualité et poids
Toutes combinaisons confondues, il n’y a pas d’optimum absolu, puisque chaque Ko ajouté achète encore un peu de qualité. La courbe a pourtant un coude. Sur nos mesures, il tombe sur JPEG XL en distance 0,7, encodé à 40 % de la taille d’affichage : 527 Ko pour la photo entière, avec une note de 71, juste au-dessus du seuil de la haute qualité. Au-delà, doubler le poids rapporte presque deux fois moins de points qu’avant.
On a repéré ce coude avec la même méthode que les étoiles du premier graphique, sur la frontière commune aux quatre formats. Au-dessus de la note 50, cette frontière n’est faite que d’AVIF et de JPEG XL : JPEG et WebP n’y apparaissent jamais.
Voir les données
| Format | Réglage | Résolution | Poids (Ko) | Note |
|---|---|---|---|---|
| AVIF | qualité 55 | 55 % | 168 | 57 |
| AVIF | qualité 70 | 40 % | 177 | 58 |
| JPEG XL | distance 1,5 | 40 % | 237 | 62 |
| JPEG XL | distance 1 | 40 % | 369 | 67 |
| JPEG XL (coude) | distance 0,7 | 40 % | 527 | 71 |
| JPEG XL | distance 0,7 | 55 % | 1031 | 77 |
| JPEG XL | distance 1,5 | 100 % | 1420 | 81 |
| JPEG XL | distance 1 | 100 % | 2092 | 84 |
| JPEG XL | distance 0,7 | 100 % | 3092 | 87 |
| AVIF | qualité 95 | 100 % | 6147 | 89 |
| Zone de poids | Points gagnés quand on double le poids |
|---|---|
| De 168 à 527 Ko (avant le coude) | +8,7 |
| De 527 à 6147 Ko (après le coude) | +4,9 |
La combinaison la plus légère pour chaque qualité
Pour chaque niveau de qualité et chaque format, voici la combinaison de résolution et de réglage la plus légère parmi celles qu’on a testées, en médiane des 10 photos pour chaque combinaison. JPEG XL l’emporte à chaque niveau. Le tableau du début place AVIF devant en qualité correcte parce qu’il interpole entre deux réglages testés, alors que celui-ci ne garde que des réglages qu’on peut appliquer tels quels.
| Qualité visée | Format | Réglage | Résolution | Poids | Note obtenue |
|---|---|---|---|---|---|
| Correcte (note 60) | JPEG XL | distance 2,5 | 55 % | 231 Ko | 61 |
| Correcte (note 60) | AVIF | qualité 55 | 75 % | 293 Ko | 62 |
| Correcte (note 60) | JPEG | qualité 90 | 40 % | 463 Ko | 66 |
| Correcte (note 60) | WebP | qualité 90 | 55 % | 598 Ko | 64 |
| Haute (note 70) | JPEG XL | distance 0,7 | 40 % | 527 Ko | 71 |
| Haute (note 70) | AVIF | qualité 85 | 55 % | 737 Ko | 72 |
| Haute (note 70) | JPEG | qualité 95 | 40 % | 744 Ko | 71 |
| Haute (note 70) | WebP | qualité 100 | 40 % | 946 Ko | 72 |
| Très haute (note 80) | JPEG XL | distance 1,5 | 100 % | 1420 Ko | 81 |
| Très haute (note 80) | JPEG | qualité 95 | 75 % | 2772 Ko | 81 |
| Très haute (note 80) | AVIF | qualité 85 | 100 % | 2850 Ko | 84 |
| Très haute (note 80) | WebP | qualité 100 | 75 % | 3565 Ko | 83 |
Pourquoi certaines photos pèsent plus que d’autres
On s’est aussi demandé ce qui, dans une photo, annonce son poids. Notre intuition disait l’histogramme, la répartition des tons. On a vérifié sur les quatre formats.
Voir les données
| Codec | Photos (n) | Corrélation de Spearman (détail / poids) |
|---|---|---|
| JPEG | 10 | +0,96 |
| WEBP | 10 | +0,95 |
| AVIF | 9 | +0,93 |
| JPEG XL | 6 | +0,89 |
L’histogramme prédit mal le poids. Son lien avec le poids change beaucoup d’un format à l’autre (corrélation de Spearman de 0,14 à 0,66). La quantité de détail, mesurée par la densité de contours, le prédit bien mieux, avec une corrélation de 0,89 à 0,96 selon le format : plus une image fourmille de fines textures (feuillage, foule), plus elle pèse à qualité égale. Un ciel ou un portrait sur fond flou se compresse beaucoup mieux, quelle que soit la forme de son histogramme.
Ces chiffres ne portent pas tous sur 10 photos. On n’en a que 6 pour JPEG XL et 9 pour AVIF, parce que les photos les moins détaillées dépassent déjà la note 70 au réglage le plus compressé qu’on a testé : on ne peut pas mesurer leur poids à cette note. Mais pour deviner si une image sera lourde, on regarde sa texture plutôt que son histogramme.
Les limites du test
Nos 10 photos viennent de trois appareils Canon : deux reflex (EOS 80D et EOS 500D) et un compact (PowerShot G1 X Mark III). Le corpus est homogène, donc facile à reproduire, mais il ne dit rien des captures d’écran, des illustrations en aplats ou des images qui contiennent du texte, qui se compressent très différemment. Pour celles-là, il faudrait un corpus dédié.
SSIMULACRA2 reste une mesure automatique : elle permet de classer 1 260 encodages, elle ne remplace pas un coup d’œil sur l’image finale. Nos chiffres dépendent aussi des encodeurs, de leurs versions et des réglages qu’on a figés : un autre paramétrage déplacerait les courbes. Enfin, nos réglages plafonnent vers la note 90, donc on ne mesure pas le « strictement indiscernable », qui coûte encore plus cher et qu’on cherche rarement pour le web.
Pour vos propres images
Servez-vous de l’AVIF ou du JPEG XL dès que les navigateurs de votre public le permettent, avec WebP en repli. Avant même de choisir le format, redimensionnez à la taille d’affichage réelle : c’est le gain le plus simple et le plus gros en qualité correcte ou haute. Et calez votre exigence sur l’usage : une image de fond n’a pas besoin du presque sans-perte, qui est le niveau le plus lourd de nos mesures.
On a packagé le tout pour que vous puissiez tester chez vous, comme la première fois, à prendre tel quel. Il n’y a aucune raison que ça abîme quoi que ce soit chez vous, mais si c’était le cas, vous êtes grands et responsables. Et si vous trouvez qu’on compare encore des choux avec des patates, écrivez-nous, on ajustera.
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’IA, sous la supervision de l’équipe (voir notre déclaration d’usage de l’IA).