Le dilemme du prisonnier, c’est un classique de la théorie des jeux, qui illustre la difficulté à coopérer, même quand c’est dans l’intérêt de tout le monde. Deux personnes sont séparées, elles ne peuvent pas communiquer, et on leur propose un marché. Si les deux se taisent, les deux écopent d’une peine légère, six mois de prison par exemple, parce qu’il n’y a pas de preuves. Si l’un dénonce l’autre et que l’autre se tait, le dénonciateur est libre, et l’autre prend une peine lourde, dix ans par exemple. Et si les deux se dénoncent, ils se trahissent mutuellement, cinq ans chacun par exemple.
Ce qui est intéressant, c’est que pour chaque prisonnier, la tentation de trahir est forte : si l’autre se tait, trahir permet d’être libéré immédiatement, et si l’autre trahit et qu’on s’est tu, on prend une peine très lourde. La trahison est donc la stratégie dominante, alors que si personne ne trahit, les deux sont gagnants. C’est ce qu’on appelle un équilibre de Nash : chacun trahit, et aucun ne peut améliorer son sort en changeant seul sa décision, alors que les deux s’en sortiraient mieux en se taisant. Pour en sortir, il faut que les deux changent en même temps.
Les LLMs vs l’écoconception
Cette impasse, c’est celle où se trouvent aujourd’hui, avec l’IA, les acteurs qui se préoccupent des questions environnementales et qui travaillent dans un secteur hautement concurrentiel, tirant parti des hautes technologies. Parce qu’évidemment, et c’est parfaitement indéniable, l’IA a aujourd’hui un impact environnemental très mauvais. Elle consomme énormément d’électricité, elle consomme de l’eau (on peut discuter : circuit fermé ou non, augmentation de la température). En tout cas, même si c’est le même système que dans le nucléaire, ça n’a vraisemblablement pas un impact parfaitement neutre. Et l’eau devient une ressource stratégique, l’été 2026 qu’on vient de passer l’a démontré. Chaque requête ne pèse quasiment rien, certes : de l’ordre d’un gramme de CO2 et de quelques dizaines de millilitres d’eau pour une réponse de 400 tokens, selon l’étude de Mistral (nouvelle fenêtre). Mais le cumul est tout sauf négligeable : les centres de données consomment 485 TWh dans le monde, et pourraient doubler d’ici 2030 pour atteindre l’équivalent du Japon, selon l’ADEME (nouvelle fenêtre).
À côté de ça, l’IA permet des choses formidables : autonomiser les équipes, réfléchir les choses différemment, toucher du doigt de nouvelles compétences pour dessiner de nouvelles perspectives qu’on ne se serait jamais permises jusque-là. Des prototypes fonctionnels en vibe coding, du motion design ou du simple design graphique pour ceux dont ce n’est pas le métier, une réflexion SEO, de la modélisation 3D… « Sky is the limit » pour celui qui veut tester et n’est pas trop regardant sur la parfaite qualité des détails de ce qui lui est mis entre les mains. On ne va pas faire le panorama de tout ce qu’elle permet, il y a suffisamment de démonstrations un peu partout pour s’apercevoir du potentiel. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, quels que soient les chiffres, il est invraisemblable que les utilisateurs chevronnés de ces technologies ne s’y construisent pas une plus-value, un avantage concurrentiel, et il n’est pas invraisemblable que ceux qui ne le font pas se mettent dans une situation peu confortable sur le plan de leur compétitivité, sauf à choisir le plein contre-pied de parfaitement valoriser le savoir-faire humain. Tout le monde ne pourra peut-être pas le faire.
Être performant ou conscient
Donc pour les acteurs qui ont besoin d’être performants et qui se posent des questions sur le plan environnemental (cf. l’article sur l’EcoIndex et l’effet Cobra), on est exactement dans cette situation. Il faudrait que tout le secteur, agences, ESN, indépendants, lève le pied, mais il suffit qu’un seul ne le lève pas pour que personne ne le fasse. On ne fait pas exception, nos convictions sont un peu malmenées en ce moment, on y travaille activement, en testant notamment des modèles locaux !
Sources
- ADEME, avis « L’intelligence artificielle générative, des impacts environnementaux importants », 2026. Consommation des centres de données : 485 TWh dans le monde en 2025, doublement possible d’ici 2030, multiplication par 3,7 en France d’ici 2035. https://www.ademe.fr/presse/communique-national/ia-generative-comment-quantifier-les-impacts/ (nouvelle fenêtre)
- Mistral AI, « Our contribution to a global environmental standard for AI », 22 juillet 2025, analyse de cycle de vie de Mistral Large 2 réalisée avec Carbone 4 et l’ADEME, relue par Resilio et Hubblo. Une réponse de 400 tokens sur Le Chat : 1,14 gCO2e et 45 mL d’eau. Étude de l’entreprise sur son propre modèle, présentée par elle comme une première approximation. https://mistral.ai/news/our-contribution-to-a-global-environmental-standard-for-ai (nouvelle fenêtre)
Les illustrations de cet article ont été générées par IA (voir notre déclaration d’usage de l’IA).


